Etudes Fondamental & secondaire : Athénée Robert Catteau (Ville de Bruxelles) Supérieur : philologie classique (Université Libre de Bruxelles)
Il a publié deux essais et deux romans, où l'Athénée apparaît. En voici l'extrait le plus important, tiré de son premier roman :
« Dans un rare éclair de lucidité entre deux soûleries, son père Cathall plaça l'enfant dans une école traditionnelle, parfaitement coupée du monde: l'Athénée. Situé aux pieds du Palais de Justice, hideux exemple du style néo-babylonien, il constituait un univers à part. Les élèves, tous mâles, y baignaient dans une atmosphère délicieusement anachronique: discipline de fer, goût de l’excellence et pantalons de flanelle. Il était admis une fois pour toutes que l’Athénée formait l’élite de la capitale, je veux dire l’élite laïque, car les catholiques avaient leur Collège. Ceux de l’Athénée frayaient à la rigueur avec leurs égaux du Collège selon des codes d'une rigueur implacable. Deux Lycées fournissaient les futures mères d’élèves. Sur ce point, la certitude d’incarner l’élite, mécréants et calotins s’entendaient, mais ces derniers devaient chasser ailleurs: toute intrusion d’un mâle sur le territoire de l’autre harde aurait constitué un impensable casus belli. De mémoire d’ancien, jamais pareil forfait n’avait été commis.
Padraig passait donc huit heures par jour à étudier le latin, le grec, la littérature romande, de la Chanson de Roland à L'Oeuvre au noir, l’histoire et les langues germaniques, sous la férule de pédagogues aux exigences féroces et de ce fait idolâtrés par leurs victimes. Celles-ci prenaient un malin plaisir à exagérer la sévérité des professeurs: les parents jubilaient et les étrangers ouvraient des yeux de merlan frit. L’Athénée était alors connu des initiés sous le nom de Colditz, d’après la fameuse forteresse prussienne. Comme tous ses condisciples, Padraig entretenait le mythe en riant sous cape: pour rien au monde il n’aurait accepté de fréquenter ces écoles modernes avec leurs enseignants laxistes - certains tutoyaient les élèves! -, leurs examens symboliques et leurs cours ignoblement actuels. A un Jésuite non contaminé par le modernisme qui lui demandait de décrire son école, il lança: « austère » avec une fierté impossible à dissimuler. La mauvaise humeur du clerc, vexé de cette déloyale concurrence, lui causa un très vif plaisir. »
(Christopher Gérard, Le Songe d’Empédocle, L’Age d’Homme, 2003)